Du bon côté de Tchekhov: Sur l'autre rive (14 novembre 2024)
On revient toujours à Tchekhov car il est un précurseur indépassable. Il a permis au théâtre de s'affranchir des archétypes romantiques et de rentrer dans l'intime, évoluant de concert avec Freud, pour nous montrer ce qui tourmente les hommes.
Tchekhov est-il un fossile ou une matière vivante ?
Cyril Teste adapte Tchekhov au goût d'aujourd'hui et a la prudence de présenter cet Autre rive comme une adaptation de Platonov. Il a l'élégence de s'en détacher et ne fait pas semblant de le réécrire, tentative maladroite et arrogante de s'emparer d'un classique comme le Hamlet de Jatahy ou le Macbeth de Silvia Coste. Ce qui motive Cyril Teste est de comprendre comment ce que raconte Tchekhov est soluble dans notre époque. Tchekhov maitrise cet art de tailler les dialogues pour qu'ils forment une douce houle, des phrases aux allures banales, quotidiennes d'où, au détour d'une autre banalité, sourd quelque chose, non de plus profond, mais de plus intime, de plus sensible pour nous révéler une fêlure, un caractère d'un protagoniste.
Pour nous faire entrer dans l'univers de Tchechov, dans cette vague tchekhovienne, dans ce flot de mots dont émergeront au fur et à mesure des marques d'humanité plus fortes, plus marquées, Teste utilise à merveille la vidéo, dispositif technique dont peuvent abuser certains metteurs en scène au prétexte de la modernité comme si la scène ne leur suffisait plus. Ici, les images diffusée sur grand écran servent à concentrer les dialogues vers les principaux personnages tout en maintenant cette ambiance légère, celle d'une fête, qui pour être réussie, doit s'abstraire de toute gravité. Aussi grâce à une direction précise, il arrive à allonger la focale et à nous présenter au second plance que certains protagonistes voient ou ressentent.
Apparait alors Micha (Platonov) qui va être le lien entre tous ces personnages dispersés. Il va aller des uns aux autres, entre séduction et répulsion. Il est celui qui sait, ce sentencieux plus malin que les autres, révélateur de touts les médiocrités dont la sienne. Vincent Berger est cet être entre deux, toujours sur le fil, à la fois effrayant et faible dont on attend la chute.
Dans la dernière demi-heure, Cyril Teste change de braquet. Il abandonne la vidéo et privilégie une forme plus classique de théâtre pour accompagner la chute de Platonov qui est aussi celle de Sofia et de la fragile société dont l'existence n'était qu'une illusion.
Faut-il y aller ? Tchekhov, c'est conne Shakespeare, obligatoire, surtout quand c'est réussi.
Et par rapport à La Mouette il y a deux ans à Nanterre? Teste s'est libéré de la vidéo, en l'utilisant plus. Il en fait un usage qui permet à la fête de vibrer et aux invités de papillonner sans que nous en perdions une miette.
En résumé ? L'homme qui a toujours raison n'a pas toujours raison.



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