Le suicidé, pièce comique (7 janvier 2025)
Rions avec la mort et l'URSS! Pari gagné!
La Comédie Française précise "Attention: comédie !" pour cette pièce au titre peu engageant. Elle tient beaucoup du boulevard -Nicolaï Erdman, son auteur, traduisit Labiche- et ressemble à un immense quiproquo. Un homme veut échapper à son destin, celui d'un suicidé en puissance qui, par son geste, pourra mettre en avant le malaise de l'homo sovieticus, qu'il soit artiste, religieux ou commerçant. Le Suicidé est une satire du régime soviétique et de la lâcheté. La pièce ne verse pas dans le militantisme et sait se servir de l'enchainement comique propre au boulevard pour cacher l'effroi derrière la mécanique divertissante.
Nicolaï Erdman devait être bien inconscient pour penser que sa pièce échapperait au couperet du politburo tellement la charge contre la vie soviétique est vive. Personne ne se soucie de la vie de Semione, le suicidé qui ne veut pas se suicider; vie qui ne semble pas si précieuse. Les cinq institutions représentées pensent que se sacrifier se justifie tellement il existe de raisons de se plaindre de ce régime déprimant. Le Suicidé est un éloge de la lâcheté, celle du personnage principal qui veut échapper au destin né de son quiproquo; lâcheté dépassée par ces zélés amers qui cherchent un bouc émissaire.
Une fois de plus, la profondeur de banc de la Comédie Français, comme on dit des équipes de football avec un double, voire un triple effectif pour supporter le rythme des représentations, épate. Jérémy Lopez, dont le talent m'avait échappé, brille, convainc dans le rôle de Semione pour lequel tant de personnages déploient de l'affection à le voir mourir. Ma mémoire me joue des tours. Je devais faire une recherche et il a bien du apparaitre dans des petits ou des grands rôles car une des forces de cette troupe est que les comédiens peuvent jouer court ou long quel que soit leur statut hors les murs tel Guillaume Gallienne apparaissant quelques minutes dans Le Bourgeois Gentilhomme.
Stéphane Varupenne, le metteur en scène, s'en sort très bien alors qu'il doit subir une scénographie, qui serait toujours insultant d'appeler décor, d'Eric Ruf, sombre et encombrée. Il maintient le rythme, dirige bien sa troupe même si Adeline d'Hermy et Florence Viala manquent un rien de naturel alors qu'elles sont les figures les plus humaines à la poursuite de Semione. Seules elles veulent le sauver. Nous n'échappons pas à un clin d'oeil musical avec un Bohemian Rhapsody qui ne va pas au bout d'elle-même et dont on se demande ce qu'elle fait ici sans qu'elle soit déplaisante.En résumé ? Un lâche poursuivi par des pleutres veut malencontreusement éclipser le destin qu'il a provoqué.


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