Concert de rock #2! Vampire Weekend à l'Adidas Arena (13 décembre 2024)

Joie de la musique amplifiée deux fois dans l'année.


Phoenix aura été le fil rouge, à moins que ce soit une ligne droite, de mes deux concerts rock de l'année. Lors de la sortie de Ti Amo en 2017, Phoenix avait publié sur Spotify une playlist consacrée à la musique italienne où je découvris Calcutta que je retrouvais dens les articles d'Aureliano Tonet, journaliste permanent et intermittent de le musique italienne au Monde et sur scène le 11 juin dernier. A l'occasion de le cérémonie de cloture des JO, je tombais -et je n'étais pas seul-, sur Ezra Koenig sur la scène du Stade de France, en forme de planisphère si géométrique et si laide qu'elle ne put être que construite dans les années 80, pour chanter Tonight en compagnie de Phoenix.

Leurs trois premiers disques sont sortis pendant mon séjour new yorkais et le premier souvenir qui me revient est Step extrait de Modern Vampires of the City comme si cette chanson avait amorti par sa présence constante la désagrégation de ma vie new yorkaise. Les membres de Vampire Weekend, passés de quatre à trois et demi -Rostam Batmanglij apparait de manière intermittente sur quelques titres de Only God Was Above Us- se sont rencontrés à Columbia, université pour laquelle mon cœur bat un peu, un peu moins que pour Sciences Po, et dont une de mes nombreuses indulgences est nourrie par le fait qu'une institutuion qui a permis à un tel groupe d'éclore possède quelques qualités. La probabilité que je les rencontre sur le campus était faible dans la mesure où ils ont été diplômés en 2006 (sauf Chris Baio le bassiste en 2007) alors que je faisais mes premiers pas sur le campus en janvier 2008. Je cultive pourtant cette douce illusion qu'à un moment, dans des univers temporels différents, nous avons partagé un monde commun.

Au début, ils jouent à trois devant un rideau sur lequel est écrit Vampire Weekend pour ceux qui ne seraient pas surs de là où ils se trouvent. Le quatuor devenu un trio à l'énergie contenue se chauffe avant que l'intensité et le rythme montent d'un cran avec Ice Cream Piano, premier morceau de Only God Was Above Us, disque des descentes (Classical et Connect), gimmicks rapides et harmoniques qu'ils aiment jouer pour nous offrir un lyrisme tout en légèreté.

Nous passons à sept sur scène. Le public est sage ou presque. Il a son âge. Il doit avoir une décennie de moins que moi et écoute à fond ce que la décence, les enfants et les voisins l'empêchent de mettre trop fort. Il y a sur scène, de temps en temps, un violon et un saxophone, ce dernier doublé par Ezra Koenig lui-même comme s'il voulait nous prouver, alors que nous ne le savions déjà, qu'il était un musicien, un vrai et pas seulement cet éternel étudiant en anglais et en écriture céative (English and Creative Writing major). Je suis content d'être là alors que tout me semble formaté. Je suis sur qu'ils ont donné le même concert l'avant-veille à la Brixton Academy. Je comprends pourquoi je vais moins voir de rock. Cette musique de la liberté est systématique et manque de fantaisie dans son expression scénique comme si tout avait déjà été dit en studio.

Vampire Weekend aime cultiver les styles, le punk dans ses mouvements rapides, sans fioritures, droit en rythme dont A-Punk est le meilleur exemple. Vampire Weekend se la joue punk avec un poil de décalage, un rien de distance. Tout est dans le jeu, dans la polysémie du mot, dans l'exécution et dans l'aspect ludique. Deux batteries sont sur scène comme pour le The Allman Brothers Band même si le rock sudiste est loin. Une séquence du concert, que l'on pourrit appeler tableau, est consacrée à la mise en valeur des instruments qui jouent seuls. Je ne peux m'empêcher de penser à feu Quincy Jones, beau-père d'Ezra Koenig, monstre de studio, orfèvre du son, de la clarté et d'une forme de virtuosité. Un morceau, qui fait semblant d'êre improvisé, me rappelle Dexy's Midnight Runners, autre groupe cultivé et ironique des années 80 qui ne cesse de jouer et de proposer, dans un registre plus confidentiel. 

Il faut traverser de l'autre côté de la rivière et regarder vers l'Ouest. La musique de Vampire Weekend vient du New Jersey. L'exercice de chanson à la demande, après le rappel, laisse le place à un quiproquo, un gouffre culturel. Le groupe joue December, 1963 (Oh, what a night) de Frankie Valli and the Four Seasons, icône locale que l'on a même vu dans The Sopranos, forme d'adoubement plus symbolique que toute breloque remise par le gouverneur de l'état. Pour le public français, il s'agit d'abord de Cette année-là de Claude François abondemment jouée par les radios nostalgiques. Tout le monde est d'accord mais pas à propos du même objet. C'est souvent ainsi avec les Américains. On a l'impression de penser comme eux mais il n'en est rien car ils débarquent, toujours conquérants, avec leur bagage en ignorant le nôtre. Ezra Koenig cite l'autre idole new jersiaise Bruce Springsteen dont il tente avec ses camarades de reprendre Born to Run. Il y a, dans cet exercice de chanson à la demande, une affirmation de leur style, un balancement synthétique et caractéristique entre une variété mélodique et un rock authentique quasi originel.

Comme The Talking Heads, Vampire Weekend est un groupe cultivé qui se nourrit de multiples styles sans les singer, ni le imiter tout en notant l'appropriation cynique, voire maladroite, dans une de mes chansons préférées Cape Cod Kwassa KwassaVampire Weekend pratique un rock savant, ironique et mélodique. Héritier des Talking Heads, je ne qualifierais par leur musique d'intellectuel car si elle est riche de ses influences, elle n'oublie pas que son premier attribut est de s'adresser au coeur plus qu'au cerveau. Elle privilégie le plaisir au cérébral et ne moquera jamais celui qui chantonne leur mélodie. 

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Fallait-il y aller? J'y retournerais presque et certains m'ont presque reproché de ne pas les y avoir emmenés.
C'était bien? Oui. Un rien sage. 
C'était long? Comme avec Bruce en plus modeste, le concert tient son chronomètre et dure ses deux heures et demi alors que je m'étais préparé à cent ving minutes tout mouillées. 
En résumé?
Mes années new yorkaises condensées.

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