Nederlands Dans Theater au Théâtre de la Ville (25 octobre 2024)

"Que c'est beau" me dit M. la voix couverte par les applaudissements à la fin de Solo Echo le ballet de Crystal Pite, que je retrouve en Théâtre de la Ville après Assembly Hall. C'est beau et plus encore.

Photo Rahi Revzani

Chut! Chut! Ça chute! Certains spectateurs exigent le silence: NDT est en Ville et c'est sacré. Ça chute aussi sur scène. De la neige, fausse, tombe et cet effet, ce simple effet, fait toujours son effet. Elle semble maitriser le temps qui accompagnera les mouvements ralentis des sept danseurs. Pite joue à la perfection de flux parallèles, des allers-retours, des croisements, des chassés-croisés, des rendez-vous manqués. Elle est la chorégraphe de la ligne, la dessinatrice de scène. Les danseurs sont ensemble et séparés. Ils sortent et reviennent comme des patineurs. L'art de Pite n'est pas tant celui du paradoxe, du séparé-rassemblé, du lié-délié, du joint-disjoint. La liste pourrait être longue. L'art de Pite est celui de le fluidité et de le grâce, portées par d'immenses danseurs qui rendent tout évident sans éviter ce qu'il y a de technique, de tenu au milimètre. Avec Pite, nous sommes à la fois dans l'excellence et l'évidence. Et quand les danseurs se déploient ensemble, on reconnait ses mouvements, son geste, ses vaguelettes. Elle pousse ses danseurs vers la pantomime pour souligner un expressivité qui ne serait pas seulement celle du corps. La musique est trop forte, au-delà du son originel de ces deux sonates pour piano et violoncelle de Brahms. Dans un lieu où se célèbre l'art vivant, s'impose, au-delà du naturel, la nécessité physique d'un duo que le volume exact aurait permis d'encore mieux apprécier. 

TAO Dance Theater a laissé sa machine à sons et le beat de Ties Unseen commence lentement et fort. On pourrait penser que ce ballet sera long mais comme dans un morceau de musique électronique, l'apparente monotonie est dépassée par la capacité à maitriser le rythme et son accélération. On se laisse prendre. On oublie. On les regarde se déployer dans ce mouvement qui semble unique. Ties Unseen est un long morceau de techno, un thème unique pas forcément accrocheur mais qui le deviendra en s'étirant à force de répétition. Au début avec ces figures quaux genoux pliés et ces bras ballants dévoilés par les débardeurs, le vocabulaire du jour de Christos Papadopoulos, je pense à ces zombies du clip de Thriller et à la musique d'American Express de Giorgio Moroder sans la ligne mélodique. L'accélération se produit imperceptible, réelle et les danseurs ne cessent de se déployer toujours face au public dans ce refus de lui tourner le dos. Passent les minutes, les longues minutes et je sentirais presque l'ennui poindre. La troupe impressionne par sa constance, sa souplesse, son abnégation mais le propos convainc moins surtout après la poésie de Crystal Pite. 

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Fallait-il y aller ? Avec Crystal Pite les yeux fermés! Même si on apprécie mieux les yeux ouverts.
En résumé ? Sans superlatif, il semble compliqué de qualifier cette soirée, surtout la première partie.

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