Joies de la découverte: TAO Dance Theater au Théâtre de la Ville (16 octobre 2024)
Qu'y a-t-il de plus jouissif que de plonger dans l'inconnu ?
Même si ce soir l'inconnu est maitrisé, le risque ne serait pas énorme et se limiterait à perdre une heure et quelques minutes.
Le programme en deux parties commence par 13, ballet durant lequel 13 danseurs se déplacent en marche arrière et en bloc formant des cercles concentriques qui auraient été tracés de manière aléatoire et régulière. Par moments, un danseur se dégage et fusionne avec un autre avec tendresse ou avec force, en tension ou en douceur. Dans cette lente motion aux airs somnabuliques, je pense aux soldats de l'empereur Qin. On a les clichés qu'on peut. Tout est fluide. Tout est en accélération. Tout est en ralenti. Tout est art martial dans cette esthétique dont un des principes immuables est de se servir de la force de l'autre, ici pour nous éblouir, là-bas sur le tatami pour combattre. En observant les costumes de ces danseurs, je repense à mes soldats de terre cuite dans leur tenue d'hiver. Sur la scène du Théâtre de le Ville, les manteaux sont amples et pourraient paraitre lourds obérant tout mouvement, ce qui rend encore plus surprenant les changements de rythme, ces jonctions de corps qui ne sembleraient répondre qu'à leurs propres impulsions. Et comme à l'Opéra, je regrette que la musique se cache en régie et ne soit pas au bord du plateau pour donner encore plus d'intensité à cette déambulation infinie et à rebours.
Pour 14, ils sont quatorze. Nous marcherons le long de cette fine ligne entre le traditionnel et le contemporain, plutôt dans une version performance que danse. Tout y est plus formel et moins fascinant à force de systématisme, comme ce métronome en guise d'accompagnement rythmique. Et il est étrange ce beat. On l'oublie jusqu'à ce que l'on s'en souvienne et qu'il redevienne obsédant. La troupe des 14 est parée de tenues enveloppantes et légères, de couleurs unies, certaines pastel. Nous assistons à un kata géant, démonstration technique durant laquelle en mouvements diagonal, les participants exécutent le même mouvement. Plus formel et plus dur, ce 14 est plus banal. On suit les lignes se dessiner et on comprend vite qu'elles ne seront jamais brisées. Il n'y aura ni variation, ni dissidence, ni surprise comme dans 13, juste cette ligne inflexible dont personne ne déviera.
Les saluts aussi appartiennent à l'œuvre. Danseurs et créateurs sont inflexibles. Ils bougent à peine, regardent le public sans ciller, une fois, deux fois, trois fois jusqu'à ce qu'une danseuse se mette à sourire et tombe le masque entrainant le reste de la troupe. Ils sont donc des notres et c'est le public qui les salue d'enthousiasme, toute politesse rigoureuse abolie.
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Fallait-il y aller ? C'est trop tard mais il faudra y retourner. 15... 16... 17...
Faut-il prendre des risques ? Encore plus. Toujours plus.
Contemporain ou traditionnel? Ce formalisme raide et assumé nous plonge dans le contemporain.
En résumé? Une découverte obsédante tout en répétition et variations.



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