Theater of dreams au Théâtre de la Ville (5 juillet 2024)
Un jeune fils et son père discutent avant de rentrer dans le Théâtre de le Ville.
- Ça raconte quoi ?
- C'est de la danse.
Ca raconte quoi la danse ? Le danse contemporaine ne raconte pas grand close. Il ne s'agit pas de son intention. Elle évoque, suggère, réveille, envoie des images mais pas des histoires. Elle s'attache au corps, à le déployer non pour tout ce qu'il peut faire mais pour ce qu'il peut exprimer, avec ou sans musique. Et c'est toujours la même chose. Au début, nous sommes perdus. Nous ne savons pas où on nous mène et on se laisse prendre. Le ballet d'Hofesh Schechter respecte ce plan de marche.
Tout commence, lumière encore allumée, et se poursuit par une longue et vague séquence, osera-t-on dire trop vague, après un début dans un mélange de fumée, comme si Vincent Macaigne avait passé l'après-midi dans la salle. Hofesh Schechter joue avec le rideau qui coupe la salle de manière latérale et nous donne à voir en très courtes séquences des bouts de ballet. Le chorégraphe zappe, joue avec nos nerfs, nous frustre et refuse la fluidité. Il est peut-être là le rêve du titre dans cette séquence durant laquelle le temps est haché et diffus. Tout s'enchaine sans que nous sachions pendant combien de minutes.
Nous avons droit à un moment collectif durant lequel les spectateurs sont invités sur scène ou à danser dans les travées. "Laissez-vous aller" dit un des interprètes au micro. Le fantome de Pina Bausch n'est pas loin qui nous murmure que tout est danse et que tout pourrait être dansé mais pas par tout le monde. Et c'est l'illusion de cette séquence. Sans vision globale, sans l'apport d'un créateur, nous ne sommes que des corps qui bougent, qui s'agitent, pas même en mouvement. A chacun son métier et le mien est d'être spectateur.
Après cette séquence Décadance (moins réussie que l'originale), le flux va enfin se créer et ce Theater of dreams prendre son sens, devenir logique sans qu'un récit s'installe. Alors que le début, le long début, nous plongeait en apnée, la fin est vertigineuse, tendue, se laisse aller, se déploie. On voit des danseurs ensemble, se répondre dans des tableaux qui montrent qu'une troupe n'est pas seulement constituée de personnes qui exécutent ensemble des pas équivalents et synchronisés. Ce ballet est un collage, une œuvre composite dont on aimerait en voir plus. Tout va trop vite sous le casque d'Hofesh Schechter comme si s'autoriser à se délecter, à apprécier le temps était une injure.
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Fallait-il y aller? Bien sur même si j'ai l'impression de ne pas avoir assisté à la meilleure proposition d'Hofesh Schechter. Je suis encore plus impatient de découvrir son ballet à l'Opéra de Paris lors de la prochaine saison.
Et la musique ? Nous avons le privilège d'entendre du Molly Drake (I Remember), la mère de Nick, pour calmer danseurs et spectateurs en pleine excitation; expérience moins radicale qu'un seau d'eau glacé et plus agréable.
C'est FORT ? Comment? Oui, le son est à la limite du plaisant, presque désagréable. Et revient cette question des bouchons d'oreille qui seraient mieux remplacés par une légère baisse du volume.



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