Marius de Pagnol à Pommerat à la MC93 (29 novembre 2024)

Pendant toute la pièce, je chercherai la patte de Pommerat et je ne le trouverai pas. La pirouette serait de dire qu'elle est bien là parce que je ne la trouve pas.  Pommerat n'est pas l'homme d'un style, d'une formule comme l'ont démontré ces autres pièces, toutes singulières allant du pas mal (Contes et légendes) au génial, Ca ira (1) Fin de Louis.


C'est loin mais tout est relatif. C'est certainement plus près pour les personnes qui habitent à Bobigny. Je prends le métro, près d'une heure, ce qui me donne le temps de lire Le Monde en m'y perdant, ce qui m'arrive de plus en plus rarement. Le site de la MC 93 laisse entendre que la salle sera pleine. On y sera presque mais pas tout à fait.

Le décor est un peu chargé, usé. Nous voici devant un représentation moins pittoresque de Marseille, moins pagnolante, moins Plus belle la vie. Rien ne fait envie dans cette boulangerie en fin de course dont le premier geste des prochaines propriétaires sera de tout refaire. Elle n'est pas assez patinée pour faire vintage. Elle est fatiguée, née fatiguée et pauvre, et n'a certainement jamais eu aucun charme comme les commerces qui entourent les gares.

Fanny joue telle une actrice de feuilleton de début de soirée avec la même conviction élimée comme si elle aurait tout le loisir de se ratrapper le lendemain ou le surlendemain. Il ne faut pas nourrir le téléspectateur de trop de talent. Il pourrait s'habituer. Escartefigue pose sa douce voix et s'impose tout en ironie. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'ont fait ces hommes pour se retrouver derrière les barreaux, eux qui ont l'air naturel autant dans leur rôle qu'à leur place de comédien. Fanny et Marius jouent en deça. Ils courent un peu après leurs personnages, une forme de naturalisme, d'autant plus difficile à imposer que la langue de Pagnol est vive, joueuse, dynamique, vivante. Pommerat tente d'ancrer ce qui pourrait ressembler à un pièce pittoresque dans une réalité plus sociale que locale même si l'accent est toujours là, comme s'il collait au texte. Francis Huster a monté cette pièce et je rêve éveillé du massacre, aux allures d'apocalypse s'il se mit à se prendre pour un minot devenu plus vieux.

Pommerat va à contre-jeu pour se garder d'imiter Pagnol, le meilleur moyen de prendre sa liberté, de ne pas s'enferrer dans un "à la manière de" et de prendre cette tangente plus réaliste de s'ancrer dans un Marseille moins pittoresque. Ce Marius aurait du s'appeler César car c'est du côté des anciens que la pièce convainc, qu'elle s'affirme et qu'elle nous touche. A force d'amour renfrogné, n'apparait que mieux la seule chose qui tient ce père. Comme souvent chez Pagnol, les hommes se cachent et ne tiennent qu'à un fil. Ici, on ne le verra se casser qu'à la fin sans que la pièce, sous nos yeux effarés et amusés, ne cesse de nous le montrer se tendre.

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Fallait-il y aller ? Même en métro.
Et Pommerat ? On pourrait souligner la bonne action mais il sait faire jouer et remettre Pagnol à sa place, au centre de sa pièce.
En résumé ? Un auteur majeur débarassé de quelques pirouettes folkloriques, non que ces dernière soient détestables, mais dans ce cas, il faudrait préférer l'original à la ccpie.

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