Chemin de croix dansé: la Passion selon saint Jean (5 novembre 2024)

Ils sont à poil. Ça commence mal...

La nudité est peu évoquée dans les chapitres de l'Evangile de Jean consacrés à la Passion. Ce soir, il y a, alors que le public s'unstalle, des danseurs nus sur scène, puis de la fumée et du bruit. J'ai envie de hurler à Sasha Waltz, la chorégraphe de ce machin, car on s'entend peu : « Castelucci, sors de ce corps». Me revient la version de La Flute Enchantée proposée par la Fura dels Baus en février 2005 à Bastille. De géants matelas en plastique faisaient office de décor et étaient déplacés au gré des scènes dans un fracas de déménagement qui génait chanteurs, orchestre et spectateurs. Ce soir, on ne nous épargne pas non plus les bruits parasites. On nous les impose. Ils font, malgré eux, partie de cette Passion

Les tempi sont rapides. Les cordes déroulent. Leonardo García-Alarcón est habité. Il chante ou fait semblant de chanter. L'orchestre est coupé de part et d'autre du plateau. Les choristes sont sur scène et dans la salle comme je l'avais déjà vu à la Seine Musicale, toujours avec Bach, toujours avec García-Alacron. Ce dispositif n'est pas un truc mais une construction réussie pour fabriquer du volume, pour que la musique habite le lieu et enveloppe l'auditeur.

Sur scène, le spectacle est moins convaincant. Les moments collectifs peuvent faire penser à ce que le variété télévisuelle a produit de pire, des mouvements mécaniques à répéter devant le miroir vertical de sa chambre d'adolescent. Les passages individuels me rappellent des images d'archives de festivals hippies durent lesquels des lointaines cousines de Grace Slick s'agitent plus pour répondre aux ordres des psychotropes qu'au rythme de la musique. Je revois Kristen Wiig dans Saturday Night Live. La caricature affleure. Et que pensent les danseurs du grotesque que Sasha Waltz leur impose? Ils clouent, découpent des lattes, font des bruits. Y aurait-il de la fumée pour nous dire que tout cela est fumeux? Cette danse, qui devrait être le point focal de la représentation -car tout le monde connaît Bach, non ?- parasite l'ensemble. Le jeu et les déplacements des chanteurs suffiraient à donner l'expressivité nécessaire à ce monument religieux. J'en reviens toujours et encore à l'indépassable Passion selon Matthieu de Jonathan Miller à Brooklyn Academy of Music en avril 2009.

Trop de danse distrait le spectateur aurait pu dire Tati. Je deviens frappé de dissonance artistique avec la musique de Bach, les mots de l'Evangile, les mouvements du chœur et les agitations des danseurs qui, à force de mimer le texte, transforme la danse en ce qu'elle doit éviter d'être, significante.

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Faut-il y aller ? Oui, les yeux fermés, et en les gardant fermés.
Ca secoue ? Un peu à la fin pour saluer cette imposture chorégraphique dans un théâtre bourgeois qui en a vu d'autres à commencer par Le sacre du printemps.
En résumé ? La vaine tentative de donner une nouvelle gravité à une partition qui n'en a pas besoin.
Et les chanteurs ? Jésus, barbu et blanchi, ressemble à une représentation traditionnelle de Dieu. L'Evangéliste mérite son ovation finale. 
Et Bach dans tout cela ? Il n'est qu'un décor, un prétexte.

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