Ecouter Truffaut (Correspondance) au Théâtre du Lucernaire (30 octobre 2024)
Truffaut est mort depuis 40 ans. La lecture et le jeu de sa Correspondance ajoutent un carreau à la mosaïque de son portrait.
Il est amusant d'entendre l'ouvreuse nous inviter à rejoindre le paradis, la salle tout en haut du Théâtre du Lucernaire. Je pense alors aux Enfants du paradis de Marcel Carné dont Truffaut méprisait le cinéma.
Le théâtre de lecture est la version facile, presque paresseuse, de l'art de la scène. Fabrice Lucchini y excelle et la nudité de l'effet y montre un talent que le cinéma ne révèle plus. Les directeurs aiment cette forme courte et légère qui se glisse avant le dispositif plus tardif et onéreux de 20h30 ou de 21h00. Si petite avec un bureau, un pianiste et un écran qui filme au ralenti le contenu d'une table basse, la scénographie du soir se révélera inutile et distrayante.
David Nathanson, le maître de cérémonie, ne lit pas. Il n'a rien en main. Il interprète un Truffaut relisant sa lettre avant de la cacheter. Le jeu ne s'impose pas au texte. Il ne le force pas. Avec un peu d'emphase, le dictionnaire se déguiserait en roman. Il respecte le caractère littéraire de cette correspondance qui m'était apparu lors de sa découverte en 1998. Plus que la très bonne biographie d'Antoine de Baecque, ces lettres dessinaient le portait du cinéaste. Elles le suivent dès son plus jeune âge. Elles le voient grandir et affirmer son écriture, du sérieux tenu et appliqué à la maitrise d'un style où l'ironie et le jeu ne sont jamais loin. Elles sont aussi la preuve que l'école de la République, si cassante fut-elle (il suffit de revoir Les 400 coups), savait apprendre à écrire. Armé de son seul certificat d'études primaires, François Truffaut choisit ses mots et maitriser ses effets. Tout est droit, précis, à l'os et plein de son auteur.
David Nathanson ne ressemble pas à François Truffaut. Il porte une cravate comme son modèle mais dans un genre négligé très nouveau siècle alors que des décennies plus tôt, Truffaut cultivait une élégance nécessaire et obligatoire. Il n'y avait pas d'autre manière de se présenter, de se laisser photographier. Il faisait partie de ces hommes pour lesquels la journée ne pouvait pas commencer avant de s'être rasé. Le négligé pileux et vestimentaire n'avait pas de sens. Nathanson semble plus grand. Sa voix déclame. Certes, on n'entend pas un homme écrire et la licence du metteur en scène et de l'acteur l'autorise à jouer un texte dont la force n'est plus d'appartenir à son auteur. Nous connaissons la voix de François Truffaut, son timbre, son rythme, ses intonations. Au-delà des interviews, il fut le narrateur de ses films d'un son en forme de filet, souvent timide, encore plus souvent discret comme pour ne pas déranger, juste pour exposer.
De cette masse de feuilles sont retenues des lettres à Souchon, Simenon, Malle, des apprentis scénaristes qui n'iront pas plus loin et Godard dans ce long texte dont il restera que son ancien camarade est "une merde sur un socle". De manière plus profonde, Truffaut nous apparait moral -mot redouté et essentiel-, un homme pour lequel la vie est plus importante que l'art; art qui ne justifie pas toutes les saillies, tous les mépris. Truffaut n'était pas un homme commode mais c'était un type bien, un être vivant et réfléchi, forgé par le cinéma et la littérature. C'était aussi un auteur que le temps, la modestie ou peut-être tout simplement une forme de désintérêt ont détourné d'un autre art que le cinéma.
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Fallait-il y aller ? Oui si on a lu la Correspondance.
Et sans avoir lu la correspondance? Il faut lire la Correspondance.
Vraiment ? Oui.
En résumé ? Quelques lettres pour compléter un portait dessiné par des articles, des films et encore d'autres lettres.



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