Rachmaninov sans Pivot à la Maison de la Radio et de la Musique (26 septmbre 2024)

Tiens, chose rare, le salle est pleine. Sergei Rachmaninov serait-il au concerto pour piano ce que Gustav Mahler est à la symphonie, un compositeur dont la densité soulevée par un orchestre fait dire aux spectateurs qu'ils en ont pour leur argent et leurs émotions?


Cet homme n'est pas russe. Il vient du Beaujolais.

Rachmaninov est une star, de mon petit univers, de mes moments amateurs et passés. Son premier concerto fut choisi comme générique d'Apostrophes, que je vis à peine en son temps. J'avais 16 ans pour la dernière. Je découvris ces émissions en ligne et en DVD avec une préférence réitérée pour l'interview en robe de chambre d'Albert Cohen. Le deuxième concerto habite comme un esprit Life on mars? de David Bowie et comme un pastiche All by myself. La ligne mélodique a un pouvoir évocteur rare, une capacité à tout emporter pour en faire un tourbillon sentimental.  

Je suis placé en haut et au début, je me demande si cette position ne m'envoie pas le son par bribes. Lors du premier concerto, je trouve l'orchestre agressif, dissocié ; chacun jouant sa partie sans vraiment se soucier des autres. J'y perds le déploiement romantique, son ampleur portée par les cordes et les moments plus méditatifs du piano. Le premier mouvement a l'air déconstruit, éparpillé et il faudrait que je rapelle mes souvenirs pour ramener tous les morceaux et en faire un morceau. Au deuxième mouvement, j'ai envie de hurler "Rendez- moi, Pivot! Rendez- moi Janis et Kondrachine!". Tout est trop FORT. Au fur et à mesure, l'équilibre se fait sans que l'unité et la mélancolie sentimentale -ne serait-ce pas l'autre nom de l'âme russe?- ne suivent. On s'ennuierait presque.

Musiciens, chef et pianiste ont du prendre un verre ou deux à l'entracte. A moins que le Didier Deschamps du 116 avenue du Président Kennedy n'ait musclé sa causerie. Avec une équipe intérieurement remodelée, la physionomie du concert n'est plus la même. Tout fonctionne. Tous ensemble, ils emportent ce tube de deuxième concerto jusqu'au bout et plus qu'avant l'entracte, le public se met à jubiler.

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Fallait-il y aller ? The jury is still out et j'aurais besoin de réécouter France Musique pour cimenter une opinion.
Concerto n°1 = 0 et Concerto n°2 =1  ? Il est étrange que l'enthousiasme ne suscite pas autent de littérature que l'échec ce soir.

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