Fin de saison: La Vestale à l'Opéra de Paris (8 juillet 2024)
Ma saison devait se terminer par Hofesh Schecter et vint La Vestale grâce à une invitation de l'Opéra de Paris pour découvrir une oeuvre à l'anonymat relatif et justifié.
Cette Vestale est une curiosité, une rareté, une oeuvre assez typique du début du XIXe siècle, un opéra dont le futur n'a cessé de s'effilocher au cours du temps, un titre qui met de la musique sur un nom de rue, qui nous montre la différence entre une forme de talent et le génie. S'il arrive que l'on puisse dire de Mozart qu'il composait de le musique au kilomètre, Spontini ne nous en offre que les bas-côtés. Il y a quelque chose d'agréable dans ce que nous écoutons mais rien de saillant.
Gustave Kobbé dans Tout l'opéra ne mentionne que cet opéra pour Spontini et Pierre-Jean Rémy dans son Dictionnaire amoureux de l'opéra y consacre trois pages goguenardes notant que Marie Callas avait excellé dans le rôle de Julia et que Berlioz avait versé sa larme sans convaincre l'auteur de ces lignes et de ses lignes.
Bon, il faut bien parler de le mise en scène sans être railleur mais que dire de cette proposition pompée à Margaret Atwood et repeinte en noir pour devenir la Servante d'Ebène? Nous allons devoir sortir un carton rouge à la moindre référence plus ou moins voilée au nazisme. Ici, il ne faut pas beaucoup d'imagination pour apercevoir des SS et nous signifier que nous nous coletons des méchants. Rendez-nous les toges! Nous prenons même celles d'Animal House. Le souci de cette mise en scène n'est pas qu'elle est convenue dans sa dénonciation du fanatisme -Voltaire sera appelé à la rescousse à la fin- mais qu'elle est idiote de ses excès avec ses pendus par les pieds le long d'une haute muraille et qu'elle est en décalage avec la musique, plutôt légère malgré tout et italienne de bout en bout. L'ensemble sautille presque en bottes cirées et danserait au pas de l'oie. Je note une bonne idée, peut-être une seule, ces moments suspendus durant lesquels un des chanteurs exécute son air alors que les autres pris dans des projecteurs jaunes ou verts deviennent immobiles.
La deuxième partie est la plus équilibrée musicalement. C'est là où tout se joue, que le drame s'installe, que l'on ne sait pas vers quoi l'opéra va basculer même si tout parait cousu de fil blanc alors qu'un improbable happy end nous évitera deux sacrifices et que tout avait commencé dans la torture.
Hasard du calendrier, je me retrouve à Bastille le lendemain côté administratif. En attendant mon rendez-vous, je vois la cheffe des chœurs passer et je n'ai pas osé féliciter. Son travail avec la maitrise avait transformé cette rareté en curiosité.
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Fallait-il y aller? Difficile de faire la fine bouche quand on est invité, d'autant que j'ai des doutes à propos d'une future programmation de cette Vestale. Il faudra faire preuve de patience avant d'y revenir.
Côté voix? Michael Spyres domine de son talent le reste de la distribution.
On y retourne? Pour La Vestale pas sur, pour l'Opéra de Paris, bien sur.



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